🌱 Du numérique responsable aux chantiers d’électricité, je garde le même fil rouge.
Quand je dis que je me reconvertis du développement à l’électricité, beaucoup voient un grand écart. Vu de l’extérieur, ça en a tout l’air. Sauf que dans les deux métiers, je poursuis la même idée : faire mieux avec moins.
Dans le numérique, cette idée porte un nom, le numérique responsable. C’est ce que je fais encore aujourd’hui au sein de ma coopérative Fairness : construire des services utiles en limitant leur impact, plutôt que d’empiler des fonctionnalités dont personne n’a vraiment besoin.
Alors quand je suis arrivé sur les chantiers, je n’ai pas eu l’impression de changer de monde. Je retrouve les mêmes questions, juste devant un tableau électrique au lieu d’un écran. Je n’ai pas changé de valeurs. J’ai changé d’outils.
Ce que le numérique responsable m’a appris
Le numérique responsable, c’est l’idée qu’un service informatique a un coût réel : des serveurs qui tournent, de l’électricité consommée, des appareils fabriqués puis jetés. Et que la qualité d’un travail bien fait, ce n’est pas d’en faire toujours plus, c’est d’en faire juste ce qu’il faut.
Concrètement, ça veut dire trois réflexes pour moi. La sobriété d’abord : ne pas surdimensionner, ne pas consommer de ressources « au cas où ». L’éco-conception ensuite : penser l’impact dès le départ plutôt que de le corriger après coup. La durabilité enfin : faire des choses qui durent, qu’on peut réparer et faire évoluer, plutôt que de tout remplacer au moindre changement.
Ce n’est pas de la théorie. Concrètement, ça peut vouloir dire alléger une application pour qu’elle continue de tourner sur du matériel ancien plutôt que de pousser les gens à le remplacer, mesurer la consommation réelle d’un service avant de chercher à l’optimiser, ou écarter une fonctionnalité dont personne n’a vraiment besoin. La meilleure ligne de code reste souvent celle qu’on n’écrit pas.
Ces trois réflexes, je ne les ai pas rangés dans un carton le jour où j’ai pris une pince à dénuder. Ils sont venus sur le chantier avec moi.
L’efficacité ne suffit pas
Il y a une leçon du numérique qui vaut aussi pour l’énergie : rendre un système plus efficace ne réduit pas forcément ce qu’il consomme. En informatique, on optimise une application. Dans le même temps, on lui ajoute des écrans, des images, des données. Au bout du compte, le service consomme autant, parfois davantage. On appelle ça l’effet rebond.
L’électricité n’y échappe pas. Une maison mieux isolée, mais on se met à chauffer des pièces qu’on laissait froides. Un appareil plus performant, mais on en choisit un plus gros. L’efficacité seule ne suffit donc pas. Il faut la coupler à la sobriété, autrement dit à la seule question qui compte vraiment : de quoi ai-je réellement besoin ?
C’est pour cette raison que le rôle qui m’intéresse n’est pas seulement de poser du matériel. C’est de conseiller. Parfois, la solution la plus écologique consiste à ne pas ajouter le circuit, à garder une installation existante quand elle est encore saine, ou à dimensionner plus petit que prévu. Aider quelqu’un à consommer moins, ce n’est pas toujours lui vendre davantage. C’est précisément ce qui me plaît dans cette manière de travailler.
Les mêmes réflexes, sur le tableau électrique
Sur une installation électrique, la sobriété a un nom très concret : le dimensionnement juste. On calcule les sections de câble, les protections et la puissance en fonction du besoin réel, pas en mettant systématiquement « plus gros pour être tranquille ». Une installation bien dimensionnée, c’est moins de matière, moins de pertes et un système qui correspond à la vie des gens.
La durabilité, c’est le choix du matériel. Un appareillage de qualité, des connexions propres et un tableau bien organisé, ça se répare et ça évolue. Quand un client voudra ajouter un circuit dans cinq ans, il n’aura pas à tout casser. C’est exactement la logique que j’ai quand je conçois un logiciel pensé pour durer plutôt que pour être jeté à la première mise à jour.
Et l’éco-conception devient une question simple que je me pose sur chaque chantier : est-ce que cette installation va aider la personne à consommer mieux ? Le pilotage de la domotique, une borne de recharge bien paramétrée selon l’abonnement, un éclairage en LED dimensionné pour la pièce. Mon métier, ce n’est pas seulement d’amener du courant. C’est d’aider à en gaspiller le moins possible.
Le vélo cargo, pas le fourgon
C’est la partie la plus visible de cet engagement. C’est aussi celle qui surprend le plus. En Île-de-France, je rejoins mes chantiers à vélo cargo. Tout l’outillage voyage dans la caisse. J’arrive sur place sans avoir brûlé une goutte de carburant.
Ce n’est pas un gadget pour faire joli sur une carte de visite. C’est la cohérence de base. Difficile de parler de sobriété énergétique à un client tout en garant un utilitaire diesel au ralenti devant chez lui. En ville, le vélo cargo a même un avantage très terre à terre : je passe là où les fourgons restent coincés. J’arrive à l’heure même aux heures de pointe.
La sobriété, ça commence chez moi
La sobriété, je ne la garde pas pour le discours commercial. Je la vis aussi à la maison, dans une série de petits choix du quotidien. Le plus parlant, c’est sans doute l’absence de climatisation. C’est un choix, pas une privation.
Une clim, c’est un appareil énergivore qu’on installe pour quelques semaines par an, qui réchauffe l’extérieur pendant qu’il refroidit l’intérieur. Avant d’en arriver là, il y a beaucoup de leviers plus sobres : bien ventiler la nuit, gérer les ouvertures selon le soleil et brasser l’air. C’est d’ailleurs un sujet sur lequel j’interviens chez des clients, parce que le ventilateur de plafond est une vraie alternative à la clim : quelques degrés de moins en ressenti, pour une consommation sans commune mesure.
Mais la clim n’est qu’un exemple parmi d’autres. La même logique guide le reste : faire durer et réparer plutôt que remplacer au premier pépin, m’en tenir à l’essentiel plutôt que d’accumuler du matériel, choisir d’occasion quand c’est possible. Le vélo cargo dont je parlais plus haut relève du même état d’esprit. Ce ne sont pas des sacrifices, c’est juste une façon de vivre que je trouve plus cohérente.
Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut jamais de climatisation nulle part. Je dis que ma première question, chez moi comme chez vous, c’est toujours : peut-on obtenir le confort recherché en consommant moins ?
Je n’ai pas envie de faire du greenwashing avec une pince
Autant être honnête : mon métier consomme lui aussi. Le cuivre que je tire, les gaines en PVC, les composants d’un tableau, tout cela a une empreinte. Je ne vais pas vous faire croire que mon métier serait un geste pour la planète. Ce serait malhonnête. Et je me méfie de ce genre de discours.
Ce que je revendique est plus modeste. Je ne vise pas la perfection écologique, je vise une direction. Réduire ce qui peut l’être, choisir du matériel durable plutôt que jetable, éviter le superflu, me déplacer proprement quand c’est possible. C’est une somme de petits choix cohérents, pas un label que j’agiterais pour rassurer. Je préfère assumer mes limites que promettre du vert que je ne tiens pas.
Pourquoi ça change quelque chose pour vous
On pourrait croire que tout ça reste une affaire de convictions personnelles. En réalité, ça se retrouve dans le travail livré.
Un artisan qui pense en termes de sobriété et de durabilité, c’est quelqu’un qui ne vous vend pas plus que nécessaire, qui choisit du matériel fait pour durer et qui prend le temps de dimensionner correctement. L’engagement écologique et le sérieux du travail ne s’opposent pas. Ils viennent de la même exigence : faire juste, faire propre et faire pour longtemps.
Et c’est sans doute ça, le vrai sens de « L’artisan 2.0 ». Pas seulement appliquer au chantier les méthodes apprises dans le développement logiciel, mais aussi y transposer une certaine idée du travail bien fait. Quinze ans à essayer de réduire l’empreinte du numérique. Et aujourd’hui, la même attention posée sur une installation électrique.
Je débute dans ce métier, je le rappelle souvent. Mais cette ligne-là, je ne l’apprends pas. Je l’ai déjà.
Vous cherchez un électricien qui réfléchit à votre consommation autant qu’à votre installation ? Contactez-moi, je me déplace à vélo cargo sur Paris et la petite couronne.
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