🏡 Le début d’une rénovation qui va nous accompagner pendant des années
Il y a maintenant plusieurs mois, nous avons acheté une vieille maison de 1850 dans le Lot.
Une maison de vacances… mais surtout le projet d’une vie.
Une bâtisse pleine de charme, avec ses murs épais, ses volets en bois, ses planchers qui grincent. Mais derrière ce charme, la réalité est là : absolument tout est à refaire. Électricité, plomberie, isolation, chauffage… La liste est longue, et on le savait en achetant. C’est même ce qui nous a attirés.
Une rénovation qui va probablement nous occuper pendant plusieurs années — et que j’ai décidé de documenter ici, étape par étape. Pas pour donner des leçons, mais pour garder une trace. Et parce que ce genre de projet mérite d’être raconté.
Avant tout : lui donner sa propre alimentation
Avant même de parler travaux, il fallait commencer par l’essentiel : donner à la maison sa propre alimentation électrique.
Jusqu’à récemment, la situation était assez improbable. L’ancienne propriétaire possédait une grange de l’autre côté de la rue, et la maison était simplement alimentée par un câble tiré depuis cette grange — un câble qui traversait la rue, sans aucune installation digne de ce nom côté maison. Fonctionnel au sens très strict du terme. Mais clairement pas adapté à un chantier.
Pour la vente, un compteur Linky triphasé a donc été installé afin de rendre la maison indépendante. Bonne nouvelle. Mais il restait encore tout à raccorder entre ce compteur et la maison.
C’est là que le vrai travail commence.
Percer le mur : premier geste concret
Première étape : percer un passage dans les murs en pierre pour faire entrer les nouvelles gaines électriques et d’eau.
Dans une maison de 1850, ça veut dire traverser plusieurs dizaines de centimètres de pierre.
Ce n’est pas un geste anodin. Dans une maison ancienne, les murs font parfois 60 à 80 cm d’épaisseur — de la vraie pierre, compacte, posée sans mortier moderne. Il faut anticiper le tracé, choisir le bon angle pour que la gaine ressorte au bon endroit de l’autre côté, et protéger l’entrée de câble contre les infiltrations d’eau.
On prend son temps. On mesure. On repère à la craie avant de lancer la foreuse.
Et quand la mèche passe enfin de l’autre côté… c’est une vraie satisfaction. Un peu bête peut-être, mais réelle. C’est le premier trou dans cette maison. Le premier geste concret. La rénovation cesse d’être un projet sur le papier pour devenir quelque chose de physique, d’irréversible — dans le bon sens du terme.
Une fois ce passage créé, j’ai pu tirer les gaines et relier le disjoncteur abonné au tableau électrique provisoire.
Le tableau provisoire : temporaire, mais pas bâclé
Pour alimenter la maison pendant le chantier, j’ai installé un tableau électrique temporaire.
Un tableau provisoire, mais dimensionné sérieusement — il va alimenter la maison pendant des mois.
On a tendance à vouloir aller vite sur cette étape. C’est “juste” provisoire, on le remplacera de toute façon. Mauvaise idée. Ce tableau va alimenter la maison pendant des mois, peut-être des années. Des outils de chantier, des éclairages, un chauffe-eau, une borne de recharge. Si quelque chose flanche ici, c’est tout le reste qui s’arrête.
Alors autant le faire bien.
Pour l’alimentation depuis le Linky, j’ai choisi un câble de 16 mm², adapté au triphasé. Un câble sous-dimensionné sur une installation aussi sollicitée, ça chauffe. Et sur un chantier, un câble qui chauffe, c’est une source de problèmes qu’on préfère éviter.
Le raccordement du compteur Linky au tableau provisoire : concentration et précision.
Le raccordement au Linky demande aussi de la minutie. Les connexions doivent être propres, bien serrées. Une mauvaise connexion peut créer une résistance parasite qui chauffe dans le temps, sans qu’on s’en rende compte. Ce genre de détail qu’on ne voit pas, mais qui fait la différence entre une installation fiable et une installation qui pose des problèmes six mois plus tard.
Créer une prise de terre
Autre sujet essentiel : la maison n’avait pas de prise de terre. Aucune. Il a donc fallu en créer une entièrement, à partir de zéro.
La prise de terre, c’est ce qui relie les parties métalliques de l’installation au sol. En cas de défaut électrique — un fil qui touche une carcasse métallique, par exemple — c’est ce chemin que prend le courant pour s’écouler, plutôt que de passer par une personne. C’est aussi ce qui permet aux disjoncteurs différentiels de détecter le problème et de couper l’alimentation en une fraction de seconde.
Sans prise de terre, ces protections ne peuvent pas fonctionner correctement. C’est aussi simple que ça.
Concrètement, ça passe par l’enfoncement de piquets métalliques dans le sol, à une profondeur suffisante pour atteindre une couche de terrain bien conductrice. Ces piquets sont ensuite reliés au tableau par un conducteur vert-jaune — c’est la couleur réglementaire du conducteur de protection en France.
La norme NF C 15-100 impose une résistance inférieure à 100 Ω. Plus elle est basse, plus la protection est efficace.
Résultat au télurohmmètre : 5 Ω.
J’avoue que quand ce chiffre est apparu sur l’écran, j’ai soufflé un coup de soulagement. Vingt fois sous la limite réglementaire. Ce n’est pas quelque chose qu’on voit ou qu’on montre facilement — mais une prise de terre à 5 Ω, c’est la garantie silencieuse que les protections feront leur travail si quelque chose tourne mal. Invisible, et pourtant fondamental.
Équilibrer les phases
La maison étant alimentée en triphasé, il a fallu réfléchir à la répartition des usages sur les trois phases disponibles.
En triphasé, on dispose de trois conducteurs actifs plutôt qu’un seul. C’est ce qui permet d’avoir une puissance disponible bien plus élevée — idéal pour une maison qui va accueillir une pompe à chaleur, des panneaux solaires, une borne de recharge. Mais cette puissance n’est vraiment utile que si les charges sont bien réparties entre les trois phases. Si tout se retrouve sur la même, le compteur risque de déclencher d’un côté pendant que les deux autres tournent à vide.
L’ancienne installation ne laissait pas beaucoup de choix : un petit tableau de 5 disjoncteurs dans les combles, vestige de l’époque où la maison était raccordée à la grange. Pas d’équilibrage pensé, pas de vraie organisation. Juste le minimum pour avoir du courant.
Pour cette période de transition, j’ai organisé la répartition ainsi :
→ Phase 1 : ancien tableau (prises et éclairages courants)
→ Phase 2 : appareils de cuisine (micro-ondes, grille-pain, mini-four)
→ Phase 3 : chauffe-eau
Ce n’est pas arbitraire. Le chauffe-eau, par exemple, consomme à lui seul 2 000 à 3 000 W en régime de chauffe. L’isoler sur sa propre phase évite qu’il entre en compétition avec les outils de chantier ou les appareils de cuisine au pire moment.
Et bien sûr, la borne de recharge triphasée installée récemment fonctionne sur les trois phases simultanément — c’est précisément l’avantage du triphasé pour la recharge rapide.
Tout cela reste temporaire, le temps d’avancer dans la rénovation. Mais poser ces bases correctement dès maintenant, c’est s’éviter des maux de tête plus tard.
Ce que j’ai retenu de cette première étape
Rénover une maison ancienne, ça apprend beaucoup. Et cette première étape m’en a déjà appris pas mal.
On prépare avant d’installer. Tirer les gaines, vérifier les espaces disponibles, anticiper le passage des réseaux — tout ça avant de toucher un disjoncteur. Dans une vieille maison, improviser coûte cher.
Temporaire ne veut pas dire approximatif. Le tableau provisoire va tenir des mois. Il mérite autant de soin que l’installation définitive.
Les fondations invisibles sont les plus importantes. La prise de terre, l’équilibrage des phases — personne ne les voit. Mais c’est ce qui fait tenir tout le reste.
Et puis, il y a ce sentiment difficile à expliquer quand on travaille sur quelque chose qui vous appartient vraiment. Chaque vis serrée, chaque connexion vérifiée, chaque mesure prise — c’est pour nous. Pas pour un client, pas pour un délai. Pour cette maison qui va nous accompagner pendant des années.
C’est différent. Et c’est ce qui rend ce chantier particulier.
Ce n’est que le début
Dans les mois et années à venir, la maison va continuer à se transformer :
- ☀️ Panneaux solaires
- 🔥 Pompe à chaleur
- ⚡ Nouvelle installation électrique complète
- 🏠 Domotique
- 🔧 Et sûrement quelques surprises cachées dans les murs de 1850…
Chaque étape sera documentée ici — avec les photos, les choix techniques, et les inévitables imprévus que ce genre de maison réserve toujours.
Si vous aussi vous rénovez une maison ancienne, ou que vous vous lancez dans un projet similaire, je serais curieux de connaître votre expérience. Les belles surprises comme les galères — c’est souvent les secondes qu’on retient le mieux.
