Ça y est, j’ai retrouvé les chantiers cette semaine. Et autant être honnête tout de suite : c’est de loin la plus difficile que j’ai vécue depuis le début de ma reconversion. Une semaine épuisante physiquement, mais passionnante aussi, parce qu’elle m’a fait découvrir un métier du BTP auquel je n’avais jamais touché, celui de maçon. Voici ce que j’en retire.
Un métier que j’ai découvert dans la douleur
Je commence par le plus marquant, parce que ça m’a sauté aux yeux dès le premier jour. Je n’avais jamais mis les mains dans la maçonnerie. J’en ressors avec un respect immense pour celles et ceux qui en font leur métier. C’est un travail dur, vraiment dur, qui sollicite le corps du matin au soir sans le moindre répit. Chaque soir, je rentrais complètement cassé, courbaturé de partout, alors que je suis pourtant quelqu’un de très sportif. Une fatigue que je ne connaissais pas, plus sourde, plus tenace, qui ne s’efface pas d’une nuit à l’autre.
Le rythme aussi m’a surpris. On est très loin des journées de bureau de mon métier de dev. Démarrage à 8h, à peine 15 minutes pour avaler quelque chose le midi, fin vers 17h. Entre les deux, quasiment aucun temps mort. On enchaîne sans jamais souffler. C’est sans doute ce qui creuse autant la fatigue au fil des jours.
Tant qu’on n’a pas vécu une journée entière de maçon, on ne mesure pas vraiment ce que ça représente. Maintenant, je sais. Forcément, ça change le regard qu’on porte sur ce corps de métier.
Le programme : une terrasse et une jardinière dans une cour
La mission de la semaine : créer dans une cour un ensemble terrasse et jardinière. La jardinière fait 1 m de largeur sur 10 m de longueur, autant dire une belle structure à bâtir entièrement de zéro.
Le ton était donné dès la livraison : 3 palettes de parpaings, 2 big bags de mélange (sable et gravier) et de la ferraille. En voyant tout ça débarquer, j’ai vite compris que la semaine serait longue.
La livraison passe par la grue, par-dessus le mur, parce que le camion ne pouvait pas entrer dans la cour. Les palettes de parpaings, les big bags de mélange et la ferraille sont déposés à l’avant. Tout reste à amener jusqu’au fond.
La manutention, ou le chantier avant le chantier
Avant même de poser le premier parpaing, un obstacle de taille m’attendait : amener tout ce matériel au fond de la cour. Le camion ne pouvait pas y accéder, donc tout s’est fait à la main. Les parpaings, je les ai déplacés un par un jusqu’à l’arrière. Quant aux big bags, qui pèsent près d’une tonne chacun, pas d’autre choix que de les vider seau par seau, aller-retour après aller-retour, jusqu’à ce que tout soit en place.
Un programme déjà éreintant, alors que la vraie maçonnerie n’avait même pas commencé. Le tout sous une chaleur écrasante, la canicule s’étant invitée pile cette semaine-là. En plein soleil, croyez-moi, le moindre seau pèse le double.
Le fond de la cour, là où tout devait arriver. Le camion restant dehors, chaque parpaing et chaque seau de mélange a fait le trajet à la main jusqu’ici.
Creuser les fondations et poser la semelle en fer
Le matériel enfin acheminé, place aux fondations. On creuse sur 20 cm de profondeur et 50 cm de largeur, puis on dépose au fond de la fouille une semelle en fer, une armature métallique qui sert de base solide à l’ensemble. Ce n’est qu’une fois cette armature en place qu’on coule le béton fraîchement préparé par-dessus. Tout l’intérêt du procédé tient là : le fer noyé dans le béton répartit les charges et empêche la structure de bouger avec les années.
Les fouilles creusées sur 20 cm de profondeur et 50 cm de largeur. C’est là que vient se déposer la semelle en fer, l’armature posée en fond de fouille, avant d’être recouverte de béton fraîchement préparé.
Il a fallu terrasser aussi, pour préparer la cour et la mettre à niveau. Manier la pelle sous 34 °C, ça pompe l’énergie à une vitesse folle. Il faut malgré tout garder la cadence jusqu’au soir.
Le terrassement de la cour et les fouilles creusées pour les fondations. À droite, la bétonnière prête à tourner pour préparer le béton.
Monter la structure : parpaings et ferraillage
Les fondations posées, la structure a enfin pu sortir de terre. Trois rangées de parpaings pour démarrer la jardinière, avec la mise à niveau menée en parallèle pour la future dalle de terrasse. C’est le moment le plus gratifiant, celui où le travail des jours précédents prend forme sous les yeux.
Pour que tout tienne dans la durée, le ferraillage obéit à quelques règles précises. On dispose les fers à l’horizontale en les croisant dans les angles, histoire d’assurer la continuité de la structure dans les virages. On les ligature ensemble pour qu’ils ne bougent pas au moment de couler. Viennent ensuite les fers verticaux, qui solidarisent le tout en un seul bloc. C’est ce maillage de fer, une fois pris dans le béton, qui donne à la construction toute sa solidité.
Les premières rangées de parpaings de la jardinière. On distingue les fers verticaux en attente, qui solidariseront toute la structure une fois le béton coulé.
En parallèle de la jardinière, on a aussi coulé la dalle béton de la future terrasse. Préparer puis tirer le béton est une épreuve à part entière : il faut aller vite, avant que la masse ne commence à prendre, sans jamais relâcher l’effort.
Une grande première pour moi. J’ai énormément appris sur la manière de bâtir un mur et de fonder une structure. Des gestes qu’on ne devine pas, qui réclament de la méthode, de la patience et un vrai savoir-faire.
Deux jours en Normandie pour revenir à l’électricité
L’autre volet de la semaine m’a emmené deux jours en Normandie, sur le chantier où j’ai posé le système Optima. Cette fois, j’y allais pour passer tout le câblage électrique et poser les plaques de BA13.
Le plus rude, sur ces deux jours, n’était pas le travail en lui-même mais le rythme. Cumulé aux journées de maçonnerie déjà très intenses, le réveil à 5h30 a fini de m’achever. Il faut compter un peu moins de 2 h de route pour rejoindre le chantier, donc départ aux aurores pour arriver à une heure raisonnable. Enchaîner ça après des jours à porter des parpaings, autant dire que je tournais sur la réserve.
Et pourtant, je l’avoue volontiers, ça m’a fait un bien fou de revenir à l’électricité 🙂. Tirer des câbles, positionner les boîtes, préparer les réseaux : voilà un travail que j’aime profondément. Après tous ces jours de gros œuvre sous le soleil, l’élec avait comme un goût de terrain familier.
Je ne prétends pas pour autant que l’électricité soit un métier de tout repos. Moins physique ne signifie pas plus facile. Il faut souvent se glisser dans des recoins exigus, ramper dans la crasse des combles pour aller chercher un câble là où on tient à peine. Mais après cette semaine de comparaison grandeur nature, le constat est sans appel : pour le corps, l’électricité reste bien moins éprouvante que la maçonnerie. Rien à voir, vraiment. Surtout, c’est ce métier-là qui me fait vibrer.
Tirer des câbles dans les combles, ce n’est pas toujours glamour. Il faut parfois ramper dans la crasse et la poussière pour atteindre le bon point. L’élec a ses moments ingrats, mais ça reste sans commune mesure avec la maçonnerie.
Ce que je retiens de cette semaine
Beaucoup, en réalité. Sur la difficulté du métier de maçon d’abord, que je mesure désormais bien mieux. Sur la technique ensuite : bâtir un mur, couler des fondations, ferrailler une structure, tout cela m’était inconnu il y a encore quelques jours et c’est exactement le genre d’apprentissage que je suis venu chercher en me reconvertissant.
Mais surtout, ces journées ont confirmé une chose essentielle : je sais où je veux aller. Et c’est bien vers l’électricité. C’est le métier qui me passionne. Chaque incursion dans un autre univers ne fait que me le rappeler un peu plus fort.
Toujours en reconversion, je vois ces allers-retours entre métiers comme une vraie richesse. La maçonnerie, je ne la pratiquerai sans doute pas au quotidien, mais y avoir mis les mains une semaine, ça compte vraiment. On saisit mieux comment tient une construction. On n’en respecte que davantage celles et ceux qui la bâtissent.
Un dernier mot pour celles et ceux qui songent au même parcours que moi : il faut savoir où on met les pieds et s’y préparer, physiquement comme mentalement. Une reconversion de ce type, ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air vu de l’extérieur. Le terrain est exigeant, on en bave par moments et il faut tenir dans la durée. Mais la motivation est là. Et j’aime ça.
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