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Ce chantier qui m'a fait grandir en tant qu'artisan

Je passe une semaine par mois depuis janvier sur une grosse rénovation électrique. C'est ma première installation de cette ampleur menée de A à Z. Ce que j'en retire n'est pas seulement technique mais surtout humain : une confirmation que j'avance dans la bonne direction, que je suis à ma place dans ce métier, que ma reconversion n'était pas une lubie.

Ce chantier qui m'a fait grandir en tant qu'artisan

Ça y est, l’installation électrique de ce chantier est terminée. J’y suis depuis début janvier, à raison d’une semaine par mois. C’est ma première grosse rénovation électrique menée de bout en bout. Je voulais prendre le temps d’en parler, pas sur le plan technique cette fois, mais sur ce que je ressens maintenant qu’elle est finie. Parce que ce chantier m’a profondément changé.

J’y suis arrivé avec un gros doute

Début janvier, quand on m’a confié la rénovation électrique de cette maison (trois étages, quatre niveaux avec les combles), j’avais une boule au ventre. Une vraie. Je suis encore en pleine reconversion, pas encore électricien à proprement parler, plutôt en formation par la pratique. Et voilà qu’on me tendait les clés d’une maison entière pour en refaire toute l’installation. Pas un petit dépannage, pas une pièce : toute la maison.

La responsabilité, je l’ai sentie dès la première visite. Être électricien, ça impose de vraies responsabilités : une installation mal faite peut avoir des conséquences terribles. L’électricité, c’est le cœur d’une maison, et si ce cœur est défaillant, c’est toute la maison qui devient un problème. La petite voix dans ma tête, me répétait sans cesse : t’es sûr de toi, là ?

Je ne l’étais pas vraiment. Mais j’y suis allé quand même.

Ces semaines qui m’ont mis dans le bain

Quand je regarde ce qu’il a fallu faire sur ce chantier, je me rends compte de l’ampleur du truc. Le diagnostic de l’installation existante et la décision de tout démonter. Le court-circuit entre deux phases à 8h30 du matin et la gestion de la coupure Enedis. Le tirage de toutes les gaines, la cartographie du réseau, la reconstruction du tableau. Tous les appareillages : prises, interrupteurs, va-et-vient, fils pilotes, commandes de volets. Les boîtes de dérivation repérées une à une sans oublier les tests de continuité circuit par circuit.

Et pour finir, cette semaine, la VMC et l’interphonie à raccorder. La VMC, je l’ai posée dans les combles et j’en ai fait le raccordement électrique ; les gaines n’ont pas encore été livrées, donc le réseau aéraulique sera tiré plus tard. L’interphonie, avec un combiné au rez-de-chaussée et un autre au R+1 à brancher en parallèle, le tout câblé en catégorie 7 depuis la platine de rue. C’est en entendant la sonnerie résonner sur les deux combinés au test final que je me suis dit : voilà, c’est fini. Bouclé.

Une première que je n’attendais pas : la soudure à l’étain

Il y a un petit moment sur cette fin de chantier dont j’ai envie de parler, parce qu’il résume bien ce que ce chantier a fait de moi. En posant l’interphonie, je me suis retrouvé avec un câble trop court pour atteindre le point que je voulais. Rien de grave, mais on ne bricole pas une connexion sur un bus d’interphonie avec un domino : la bonne méthode, c’est la soudure à l’étain avec manchon thermorétractable.

Sauf que je n’avais jamais soudé de ma vie. Enfin… si, une fois, en cours de techno au collège, mais autant dire que ça ne compte plus (😅). Je reprenais donc un fer à souder pour la « première » fois.

On m’a montré le geste : dénuder, torsader, chauffer, faire couler l’étain, attendre, gaine thermo. Je l’ai fait. Premier essai, ça a marché. Soudure propre, manchon rétracté, continuité impeccable. Un truc tout bête, mais j’étais fier comme un gamin. Et surtout, je me suis dit : t’as appris ça en vingt minutes, t’y es arrivé, et ça, tu vas t’en resservir mille fois. C’est ce qui résume bien ce chantier : se rendre compte qu’on est capable d’apprendre un geste nouveau sur le tas, et le réaliser proprement.

Avant / après : le tableau

Si je devais montrer une seule image pour résumer ce chantier, ce serait celle-ci :

Tableau électrique avant et après rénovation À gauche, l’ancien tableau, celui qu’on a trouvé en arrivant, et qui n’a pas tenu face au court-circuit un matin à 8h30. À droite, le nouveau : circuits repérés, protections conformes, architecture pensée pour durer.

Cette photo en dit plus que tout ce que je pourrais écrire. Voilà ce que veut dire, concrètement, « repartir de zéro ».

Pour donner une idée de l’ampleur du chantier côté câblage, voici tous les nouveaux circuits qui arrivaient en bas, juste avant que je ne pose le nouveau tableau :

Nouveaux circuits arrivant en bas du tableau avant installation Tous les circuits de la maison, tirés jusqu’au point de raccordement, en attente d’être connectés au nouveau tableau. Une photo qui résume à elle seule la quantité de câble qu’il a fallu passer dans cette maison.

Zéro erreur : la vraie fierté

Je vais être honnête. Tout au long du chantier, j’ai eu une petite peur qui ne me lâchait pas : et si j’avais fait une connerie quelque part ? En électricité, tu ne le sais pas avant la mise sous tension. Tu peux câbler proprement pendant des semaines, et découvrir au moment d’enclencher le tableau que quelque chose cloche. Ça arrive à tout le monde.

À la mise sous tension de ce chantier, rien n’a disjoncté. Les circuits se sont allumés un par un, les va-et-vient ont fonctionné, les fils pilotes ont été reconnus, la VMC s’est lancée. Tout a marché du premier coup. Zéro erreur de câblage sur une installation de cette taille.

C’est une fierté que je garde pour moi la plupart du temps, mais pour une fois, j’ai envie de l’écrire ici. Parce que ça me confirme quelque chose que j’espérais sans oser trop y croire : mon parcours d’ingénieur, avec cette habitude de tout vérifier et d’être maniaque sur la méthodologie, se transfère vraiment sur un chantier. Je suis quelqu’un de minutieux.

La vraie chose que j’en retire : la confirmation

Et c’est peut-être le plus important. Ce chantier, plus que toutes les compétences techniques qu’il m’a apportées, m’a surtout confirmé que ma reconversion n’était pas une erreur. Et ça, pour moi, ça vaut tout l’or du monde.

Je me sens à l’aise dans ce nouveau milieu. Vraiment à l’aise. Sur le chantier, avec les autres corps de métier, avec les clients, avec les outils, avec la matière. Je ne suis plus l’ingénieur qui débarque en se demandant si sa place est là. Je suis un gars qui a son rôle sur le chantier, qui connaît ses gestes, qui sait ce qu’il a à faire. Ça peut sembler banal dit comme ça, mais pour quelqu’un qui a passé quinze ans dans un autre univers, c’est énorme.

Et du coup, je me sens beaucoup plus légitime. C’est un mot que je n’osais pas utiliser avant, parce qu’il sonne prétentieux quand on débute. Mais c’est celui qui convient. Entre ce gros chantier et tous les plus petits que je mène en parallèle (les ventilateurs de plafond à Aubervilliers, la borne de recharge triphasée, la rénovation de la maison du Lot, les dépannages, les demandes qui arrivent), j’ai clairement beaucoup moins ce syndrome de l’imposteur qui me collait à la peau au début.

C’est pas de l’arrogance. C’est juste le fait d’être à sa place, sans avoir à se justifier.

J’en ai profité pour apprendre les enduits

Dernier truc que je voulais dire. Une fois l’électricité terminée, on m’a demandé si je voulais bien donner un coup de main à l’équipe qui attaquait l’enduits et la pose des bandes à joint avant peinture. J’ai évidemment accepté : c’est un domaine que je découvre et je suis là pour apprendre.

J’ai observé l’équipe travailler, posé quelques questions, et je m’y suis mis. Assez rapidement, le geste est venu, et au bout de quelques minutes je posais des bandes et j’enduisais en autonomie, proprement. Pas à la vitesse d’un pro, mais assez pour être utile à l’équipe et ne pas lui faire perdre de temps.

Bandes à joints posées sur les plaques de BA13 Les bandes à joints posées sur les plaques de BA13, prêtes pour le ponçage et la peinture. Un domaine du bâtiment que je ne connaissais pas et que j’ai appris sur le tas.

Et ça, encore une fois, ça me conforte dans un truc que je découvre sur moi : je m’adapte vite. Ce n’est pas tant que je sais déjà faire, c’est plutôt que je sais comment écouter et observer pour apprendre.

Ce qu’il me reste à apprendre

Je sais tout ce qui me manque encore. Il y a un domaine que je n’ai pas du tout abordé sur ce chantier, et non des moindres : la plomberie. Ça viendra, probablement sur la maison du Lot. Un univers entier, fait d’évacuations, d’alimentations, de multicouche et de raccordements, que je vais devoir attaquer bientôt.

Et au-delà de ça, j’ai encore énormément d’heures de pratique à accumuler pour maîtriser certains gestes à la perfection. Je ne me fais aucune illusion là-dessus. Mais je me sens beaucoup plus serein pour la suite qu’en janvier, quand j’ai attaqué ce chantier. Plus serein sur la direction que je prends. Plus serein sur ma capacité à aller chercher ce qu’il me manque, chantier après chantier.

Ce chantier m’a fait grandir en tant qu’artisan. Et peut-être encore plus important : il m’a rassuré. Il m’a confirmé que j’avançais dans la bonne direction. Pour quelqu’un en pleine reconversion, c’est exactement ce dont on a besoin pour continuer.


Les autres étapes de ce chantier : tout démolir pour repartir de zéro, l’étincelle à 8h30 et les appareillages.

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