Voici le dernier article de l’été sur ma maison du Lot. Les vacances scolaires se terminent, le rythme va changer, alors c’est le bon moment pour poser un bilan de ces deux derniers mois. Ils ont été épuisants. Ils ont aussi été parmi les plus productifs depuis le début du chantier. Quand je repense à l’état du deuxième étage début juillet, un plateau à peine entamé, j’ai du mal à croire tout ce qui s’est passé depuis.
Les cloisons sont montées, isolées et plaquées
Fin juillet, dans l’article sur les premières cloisons, je montrais les premiers rails posés au sol. Un mois plus tard, toutes les cloisons du deuxième étage sont montées, isolées à la laine Isover Phonic et entièrement plaquées. Les quatre chambres, la salle de bain et les WC ne sont plus des traits au sol mais des pièces, des vraies, avec des murs qu’on peut toucher.
C’est le changement le plus spectaculaire de l’été. Pendant des mois, cet étage n’a existé que sous forme de plans et de gaines qui sortaient du plancher. Aujourd’hui, on circule d’une pièce à l’autre, on se projette sur les volumes, on imagine déjà les lits et les meubles. J’attendais ce moment depuis le début du chantier.
Le deuxième étage cloisonné et plaqué, avec ses poutres apparentes conservées. À gauche, deux des chambres. Difficile de croire que tout ça n’était qu’un plateau vide il y a deux mois.
Les défis techniques de l’été : la sous-pente et les poutres apparentes
Parmi toutes les cloisons de l’étage, il y en a une qui m’a donné du fil à retordre : une cloison de 4 mètres de haut qui vient se fixer sur une sous-pente. Sur une cloison classique, le rail haut se fixe à plat sous un plafond droit et tout se passe simplement. Là, rien de tout ça. Le rail haut vient s’accrocher sur le rampant, mais il ne suit pas la pente : il se cale à l’horizontale, exactement à l’aplomb du rail au sol, pour donner au mur sa verticale. Le système d’accroche est bien plus complexe à mettre en œuvre : la fixation se fait par des chevilles Molly posées dans l’angle du rail, de façon à le tenir parfaitement horizontal contre la pente. Sur cette étape, le laser m’a été d’une très grande utilité. C’est lui qui garantit, du sol au rampant, un mur parfaitement d’aplomb.
À cette géométrie s’ajoute une exigence qui ne se voit pas une fois la cloison fermée : la solidité. Une cloison de 4 mètres de haut ne se monte pas comme une cloison standard de 2,50 m. Je me suis appuyé sur le DTU, qui encadre précisément l’ossature à prévoir en fonction de la hauteur, pour être certain que la structure soit vraiment solide et qu’elle tienne dans le temps. On ne fait pas n’importe quoi sur de telles hauteurs.
C’est le genre de configuration qui oblige à poser les outils et à réfléchir avant de visser. J’y ai passé plus de temps que sur n’importe quelle autre cloison de l’étage. Mais elle est droite, elle est solide et elle file parfaitement sous la pente. C’est peut-être celle dont je suis le plus fier.
Dans une des chambres, la cloison plaquée vient épouser la sous-pente. C’est ce type d’accroche sur le rampant qui demande le plus de réflexion.
L’autre morceau qui demande de la patience, c’est la découpe des plaques, surtout autour des poutres apparentes. Dans une maison de 1850, une plaque ne s’arrête presque jamais sur une ligne bien droite. Quand elle vient buter contre une poutre, il faut relever ses formes et ses aspérités, les reporter sur la plaque, découper, présenter, retoucher, jusqu’à ce que la plaque vienne épouser le bois au plus près. Ça prend un temps fou pour un résultat qui doit justement ne pas se voir. Mais c’est ce qui fait la différence entre une finition correcte et une finition propre, alors on ne triche pas.
Les portes sont posées et je peux le dire : qu’est-ce que c’est relou
Autre grande étape de l’été : les portes de l’étage sont installées. J’ai choisi des portes pleines phoniques, dans la logique du reste de l’étage : remplir les cloisons de laine Phonic pour mettre ensuite une porte creuse au milieu, ça n’aurait pas eu beaucoup de sens. La porte fait partie de la paroi, elle doit couper le bruit autant que le mur qui l’entoure.
Je vais être honnête, je ne m’attendais pas à ce que ce soit une des étapes les plus pénibles du chantier. Poser un bloc-porte, sur le papier, ça a l’air simple. En vrai, qu’est-ce que c’est relou à faire. Il faut caler l’huisserie d’aplomb dans tous les sens, tenir des jeux réguliers autour de la porte, vérifier qu’elle ferme sans frotter. Le moindre millimètre d’écart se voit et s’entend à chaque ouverture. Le revers de la porte pleine, en plus, c’est son poids. C’est nettement plus lourd qu’une porte alvéolaire classique. La présenter, la tenir en place le temps des réglages, la dégonder puis la regonder à chaque ajustement, ça se paie dans les bras en fin de journée.
Mais le résultat change tout. Une pièce sans porte reste un bout de chantier. Une pièce dont on peut fermer la porte devient une chambre. C’est au moment où les portes ont été posées qu’on a vraiment commencé à se projeter dans cet étage.
La porte pleine de la salle de bain, posée et fermée, vue du palier. L’étape ingrate à réaliser, mais celle qui transforme un bout de chantier en pièces.
Depuis le palier, deux des chambres côte à côte. Les lits sont déjà en place : à la place du grand plateau ouvert, des pièces où l’on dort.
La plomberie des WC et de la salle de bain en multicouche
Côté eau, on a réalisé toute la plomberie des toilettes et de la salle de bain, en multicouche, dans la continuité du réseau monté dans les colonnes techniques au début de l’été. Une nourrice de distribution répartit l’eau chaude et l’eau froide, puis le multicouche chemine dans les cloisons jusqu’aux futurs points d’eau, où les arrivées sont en attente. Le jour où on posera les sanitaires, tout sera déjà là, au bon endroit.
Cette étape n’a l’air de rien sur une photo, mais elle pèse lourd dans la stratégie du chantier. L’objectif que je fixais dans le grand point d’étape de juillet, c’est de rendre ce deuxième étage habitable pour pouvoir démolir le reste de la maison sans se soucier d’où loger. Une salle de bain et des WC alimentés en eau, c’est précisément ce qui nous rapproche du moment où on pourra vivre là-haut.
L’électricité du deuxième étage est terminée
C’est le domaine qui me tient le plus à cœur et je peux maintenant l’écrire : toute l’électricité du deuxième étage est terminée. Après le tirage des câbles, le raccordement des deux grosses boîtes de dérivation et les premiers appareillages posés en juillet, j’ai installé tous les interrupteurs et toutes les prises de l’étage.
Poser un interrupteur n’est pas l’opération la plus technique d’une installation. Mais c’est la toute dernière ligne d’une chaîne commencée il y a des mois, quand je tirais les gaines dans un plateau vide en essayant d’imaginer où seraient les lits et les bureaux. Visser les derniers appareillages, passer dans chaque pièce en allumant et en éteignant, je trouve que c’est un vrai aboutissement. Cet étage est électriquement fini.
Deux mois à jongler entre le chantier et le télétravail
Je ne vais pas enjoliver : ces deux derniers mois ont été très fatigants. Je n’étais pas en vacances tout l’été, loin de là. Une bonne partie de ces semaines, j’ai jonglé entre le travail en télétravail la journée et le chantier le reste du temps. Les soirées, les week-ends, les jours posés : tout est passé dans la maison.
Ce rythme use, je ne vais pas prétendre le contraire. Mais quand je monte au deuxième étage et que je regarde autour de moi, la fierté prend le dessus. Voir ces avancées, savoir qu’elles sont sorties de nos mains, ça efface beaucoup de courbatures.
La transformation vue par les autres
Il y a un baromètre qui ne trompe pas : la tête des gens qui reviennent. Ceux qui étaient passés voir la maison avant le début de l’été n’en reviennent pas. À chaque visite, le même mot : la transformation est folle. Quand on a la tête dans le chantier tous les jours, on ne mesure plus vraiment le chemin parcouru. Leurs yeux le mesurent pour nous.
Et puis il y a les visites qui me touchent encore plus : celles des professionnels du bâtiment devenus des amis au fil de ce projet. Quand ils passent sur le chantier, regardent les cloisons, les aplombs, les finitions et me disent que c’est un travail de professionnel, je ne vais pas faire semblant d’être blasé. Pour quelqu’un en pleine reconversion, ce genre de phrase vaut tous les compliments.
Je sais d’où ça vient. Je suis très exigeant envers moi-même, parfois trop sans doute. Tout est tiré au laser, tout doit être parfait, quitte à y passer plus de temps que nécessaire. Ce perfectionnisme me coûte des heures. C’est aussi lui qui fait qu’un pro peut passer derrière moi sans rien trouver à redire.
Les petites stats de l’été
Pour donner une idée de ce que représentent ces deux mois, voici quelques chiffres en vrac :
- Plus de 1 000 vis placo vissées.
- Une quarantaine de plaques de BA13 posées.
- 6 portes pleines phoniques installées (et chacune pèse son poids).
- 90 m² de plateau découpés en quatre chambres, une salle de bain et des WC.
- Une soixantaine de circuits raccordés dans les deux boîtes de dérivation.
- Plus de 600 mètres de câble électrique tirés.
- Plusieurs tonnes de gravats évacuées à la déchetterie.
Ce sont des chiffres qu’on ne calcule jamais en cours de route, on a la tête dans le guidon. Mis bout à bout, ils racontent bien l’été qu’on vient de passer.
Ce que je retire de cet été
Au-delà des mètres carrés de placo et des mètres de multicouche, ce que je retiens surtout de ces deux mois, c’est tout ce qu’ils m’ont appris. J’ai énormément progressé, en électricité bien sûr, mais aussi en cloisonnement, en pose de portes et en plomberie. Chaque corps de métier que je pratique sur cette maison m’aide à mieux comprendre un chantier dans son ensemble : comment les lots s’enchaînent, ce que chacun doit anticiper pour celui qui passe après lui. On n’apprend pas ça dans un livre. On l’apprend en le faisant.
Cette expérience, je sais qu’elle va me servir pour la suite de ma carrière. C’est exactement pour ça que je me suis lancé dans cette reconversion : apprendre par la pratique, sur un vrai chantier, avec de vraies contraintes. De ce point de vue, cet été aura été la meilleure des formations.
Et maintenant ?
L’été se termine, le chantier continue. La meilleure nouvelle est là : trois des quatre chambres sont déjà opérationnelles et on peut y dormir. Les volumes sont là, les portes ferment, l’électricité répond, l’eau arrive. L’objectif fixé en juillet, rendre cet étage habitable pour avoir les mains libres et attaquer le reste de la maison, n’a jamais été aussi concret.
Ces deux mois m’ont vidé. Ils m’ont aussi rempli d’une fierté et d’une expérience que personne ne pourra me reprendre. Rendez-vous aux prochaines étapes.
Les autres étapes de ce chantier : le grand point d’étape de l’été, les premières cloisons et les boîtes de dérivation et la rénovation en famille avec mes enfants.
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