Une semaine de charpente dans le Nord : remplacer les fermes sans démonter le toit

Nouvelle semaine de chantier, direction le nord de la France pour de la charpente. Les clients veulent aménager leurs combles, mais les fermes en chêne de leur vieille maison descendent à 1,50 m du sol. Budget limité oblige, pas de dépose du toit : on remplace la charpente en sous-œuvre, ferme par ferme, avec un renfort temporaire en bois et des équerres en IPN sur les murs. Bilan de la semaine : deux fermes retirées, quatre renforts posés.

Une semaine de charpente dans le Nord : remplacer les fermes sans démonter le toit

Nouvelle semaine sur les chantiers. Cette fois, direction le nord de la France pour un travail qui n’a rien à voir avec l’électricité : de la charpente. Les clients veulent aménager leurs combles. Sauf que les fermes en place ne le permettent pas. Le budget étant limité, on n’a pas déposé le toit pour tout refaire d’un coup. On remplace les fermes une par une, en sous-œuvre, sans toucher à la couverture. Je n’avais jamais mis les mains dans une charpente. Voici ce que j’en retire.

Des combles qu’on ne peut pas aménager

La maison est ancienne et sa charpente est en chêne, avec des fermes traditionnelles. Une ferme, c’est l’assemblage triangulaire qui reprend le poids du toit et le renvoie dans les murs. Les pannes reposent dessus, les chevrons reposent sur les pannes et la couverture vient par-dessus. Tout le toit tient là-dessus.

Ici, les fermes descendent à 1,50 m du sol. Impossible de se tenir debout au milieu des combles, impossible d’y faire une pièce. Le sujet n’est pas l’état du bois, c’est la place qu’il occupe. Pour rendre les combles habitables, il faut des fermes dont la pièce horizontale est remontée tout en haut, près du faîtage, pour laisser le volume libre au centre. Autrement dit, il faut changer de charpente.

Ancienne ferme en chêne dans les combles, avec sa pièce horizontale qui barre le volume et le renfort temporaire en bois monté en dessous L’ancienne ferme en chêne. Sa pièce horizontale barre les combles bien trop bas pour en faire une pièce. En dessous, le renfort temporaire en bois est déjà monté et un étai métallique vient compléter l’ensemble.

Un budget limité, donc pas question de déposer le toit

La méthode la plus directe pour changer une charpente, c’est de tout démonter. On enlève la couverture, on dépose les fermes, on remonte la nouvelle charpente puis on recouvre. C’est efficace, mais c’est aussi un très gros chantier d’un seul tenant, avec un échafaudage, une maison à bâcher, une couverture à refaire et tout le budget à sortir en même temps.

Chez ces clients, le budget est limité. On a donc opté pour un remplacement en sous-œuvre. Travailler en sous-œuvre, c’est intervenir sur une structure pendant qu’elle continue de porter. Concrètement, on remplace la charpente morceau par morceau, ferme après ferme, par en dessous, en laissant la toiture en place au-dessus de nos têtes.

Cette option a deux avantages qui comptent énormément ici. La couverture reste intacte, donc pas de dépose, pas de bâchage, pas de maison ouverte aux intempéries. Les travaux peuvent aussi s’étaler sur plusieurs mois, au rythme que le budget permet, sans que la maison soit jamais à découvert.

Dans mon ancien métier, on aurait appelé ça une migration sans interruption de service : on remplace les pièces une par une pendant que le système continue de tourner. En charpente, la contrepartie est simple à comprendre. À aucun moment le toit ne doit cesser d’être porté. Chaque étape doit être soutenue avant de passer à la suivante.

Étayer avant de toucher à quoi que ce soit

Première étape, donc : soutenir. Avant de scier la moindre pièce, on a monté un système de renfort temporaire en bois, chargé de reprendre le poids de la charpente à remplacer. Tant que l’ancienne ferme est en place, c’est elle qui porte les pannes et la couverture. Dès qu’on la coupe, il faut que quelque chose d’autre porte à sa place. C’est le rôle de ce renfort.

Renfort temporaire en bois neuf, poteaux et traverses, monté sous les pannes et les chevrons en chêne de l'ancienne charpente Le renfort temporaire en bois sous l’ancienne charpente. Les poteaux et les traverses en bois neuf reprennent les pannes et les chevrons en chêne le temps du remplacement.

Ça paraît évident écrit comme ça. Sur place, on prend la mesure de ce qu’on a au-dessus de la tête. Une toiture pèse lourd et elle ne demande qu’à descendre. On ne touche à rien tant que tout n’est pas repris.

Poutre en bois glissée sous l'ancienne pièce de chêne de la ferme et tenue par un étai métallique rouge, dans les combles Vu de plus près : la poutre glissée sous l’ancienne pièce de chêne, tenue par un étai métallique. Tant que ça porte, on peut travailler dessous.

Des équerres en IPN pour asseoir les nouvelles fermes

Deuxième difficulté : où poser la nouvelle ferme ? L’ancienne occupe encore son appui sur les murs, puisqu’on ne la retire qu’après. La nouvelle vient donc se positionner juste à côté. Il lui faut ses propres points d’appui.

Pour ça, on a créé des renforts en IPN sur les murs. Un IPN, c’est un profilé en acier. La forme d’équerre, c’est nous qui la lui avons donnée : on découpe deux tronçons à la longueur à la tronçonneuse à métaux, puis on les soude l’un à l’autre à angle droit. Une branche verticale vient contre le mur, une branche horizontale forme une console, avec un gousset soudé dans l’angle pour que rien ne plie.

Pour que les deux tronçons se rejoignent proprement, il a fallu faire des coupes à 45° dans l’IPN. Ça n’a rien d’évident, en tout cas pour moi. Sur un profilé en acier de cette épaisseur, la coupe doit tomber juste du premier coup pour que l’angle soit droit et que la soudure porte bien. L’équerre est ensuite fixée au mur par scellement chimique : on perce, on injecte la résine, on y noie des tiges filetées et on vient boulonner l’équerre dessus une fois la résine prise. Dans un mur ancien, c’est ce qui offre la meilleure tenue.

Découpe à 45° d'un IPN à la tronçonneuse à métaux Makita, avec des gerbes d'étincelles, sur une plaque d'OSB Découpe des IPN à la tronçonneuse à métaux, avec des coupes à 45° pour l’assemblage. Les deux tronçons sont ensuite soudés l’un à l’autre pour former l’équerre.

Équerre formée de deux tronçons d'IPN soudés à angle droit, avec un gousset triangulaire dans l'angle, posée contre un mur avant fixation L’équerre : deux tronçons d’IPN soudés à angle droit, avec un gousset dans l’angle pour rigidifier l’ensemble. La branche verticale vient contre le mur, la branche horizontale reçoit la charge.

C’est sur cette console que repose le pied de la nouvelle ferme. Elle encaisse le poids de la ferme, puis celui de la toiture qui reposera dessus. Chaque ferme a besoin d’un appui de chaque côté, donc de deux équerres.

Équerre en IPN fixée au mur par scellement chimique sur tiges filetées, sa branche horizontale passant sous l'appui en bois de la nouvelle ferme L’équerre fixée au mur sur tiges filetées, au scellement chimique. La branche horizontale passe sous l’appui en bois qui reçoit la nouvelle ferme.

Poser la nouvelle, puis scier l’ancienne

Une fois les équerres fixées et le renfort en bois en place, la séquence est toujours la même. On positionne la nouvelle ferme à côté de l’ancienne, sur ses appuis en IPN. On vérifie qu’elle est bien calée et qu’elle porte. Alors seulement on scie l’ancienne ferme et on la sort morceau par morceau. À partir de là, c’est la nouvelle qui tient le toit, avec un volume enfin libre dessous.

Nouvelle ferme en bois neuf en place dans les combles, sa pièce horizontale remontée près du faîtage, avec les morceaux de l'ancienne ferme en chêne sciés au premier plan La nouvelle ferme en place. Sa pièce horizontale est remontée tout près du faîtage, ce qui libère tout le volume en dessous. Au premier plan, les morceaux de chêne de l’ancienne ferme, déjà sciés.

Appuis en bois de la nouvelle charpente le long du mur en briques des combles, posés au-dessus des équerres en IPN Les appuis en bois de la nouvelle charpente, le long du mur. Ils reposent sur les équerres en IPN fixées juste en dessous dans le mur.

Puis on passe à la ferme suivante. Sur cette semaine, on a retiré deux fermes et posé quatre renforts en IPN. Ça peut paraître peu pour une semaine. Sauf que chaque ferme demande son renfort temporaire, ses deux équerres à découper, souder et sceller dans des murs anciens, une pièce de charpente à amener et à mettre en place dans les combles, puis une vieille ferme en chêne à découper et à évacuer. Rien ne va vite. C’est très bien comme ça.

Pourquoi je ne fais pas que de l’électricité

Certains se demandent pourquoi j’enchaîne des chantiers aussi variés alors que je me reconvertis dans l’électricité. De la maçonnerie en juin, des enduits en septembre, de la charpente cette semaine. Vu de l’extérieur, ça peut ressembler à de la dispersion.

C’est en réalité tout le contraire. Chaque chantier de ce type me fait découvrir un pan du bâtiment et m’apprend comment tout fonctionne : ce qui porte, ce qui remplit, comment un mur est monté, comment un toit tient. Pour l’électricité, c’est précieux, parce qu’un électricien passe son temps à intervenir dans l’ouvrage des autres. Quand je dois faire une saignée, une tranchée ou un percement, il faut que je sache où je mets les pieds. Savoir ce qui est structurel et ce qui ne l’est pas, ce qu’on peut entailler sans conséquence et ce qu’il ne faut surtout pas toucher, ça change la façon d’aborder une installation.

Cette connaissance élargie me permet aussi de proposer des solutions plus adaptées au bâti, au lieu d’appliquer la même recette partout. Je ne prétends pas devenir expert en maçonnerie ou en charpente. Mais un minimum de connaissance dans chacun de ces domaines, pour moi, c’est obligatoire. On ne tire pas un câble dans des combles de la même façon quand on sait ce qui porte quoi.

Ce que je retiens

Encore un métier que je découvre par la pratique. Après la maçonnerie en juin, c’est au tour de la charpente. Là encore, je n’avais aucune idée de ce que ça représentait avant d’y être.

Ce qui m’a le plus marqué, c’est la logique des charges. Sur une charpente, tout est question de savoir où passe le poids et par quoi il est repris à chaque instant. On soutient, on crée un appui, on pose, on vérifie, puis seulement on coupe. Il y a une rigueur dans cet enchaînement qui parle à l’ingénieur que j’ai été. On ne fait rien au hasard, parce que l’erreur ne pardonne pas avec un toit au-dessus de soi.

J’en retiens aussi une leçon côté clients. Un budget limité n’est pas forcément un frein. Ici, il a conduit vers une solution plus fine qu’une dépose complète : la toiture reste en place et les travaux avancent au rythme de ce que les clients peuvent financer. C’est une manière de faire que je garde en tête, parce qu’elle vaut pour bien d’autres chantiers que celui-là.

Enfin, ça ne change rien à la direction. L’électricité reste le cap, celui que je suis venu chercher en me reconvertissant. Ces semaines passées dans d’autres métiers ne m’en éloignent pas, elles m’y préparent.

Le chantier, lui, continue. Il reste des fermes à remplacer et la suite se fera sur plusieurs mois, ferme après ferme.


Sur le même thème : ma semaine dans la peau d’un maçon, une autre découverte d’un métier du bâtiment par la pratique.

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